Epistolaire
Publié le 22/06/2007 à 12:00 par Mme Mly
LETTRE CXLVI
Vous trouverez en vrac des remarques sur ce texte… je vous laisse le soin de les organiser selon la problématique de lecture que l'on vous demandera de traiter…
Situation du texte : une des dernières lettres du roman
-> sa portée est donc renforcée ( car on reste toujours sur sa dernière impression)
-> Il convient de faire le bilan de ce que les persans ont acquis durant leur voyage, notamment en comparant cette lettre avec la lettre XXIV ( que l'on a vue en classe)[cela pourrait faire une bonne ouverture à l'oral], dans laquelle les personnages font part de leurs premières impressions : ici, on n'a pas le sentiment que ce voyage a été source d'enrichissement et d'épanouissement. C'est un récit de voyage qui se clôt sur l'amertume et la désillusion… à comparer au voyage formateur de Candide, qui consiste aussi en une perte de ses illusions [autre bonne ouverture…] Mais ici Montesquieu ne prête pas à ses personnages une plus grande sagesse, car ses personnages ne sont qu'un prétexte. En réalité, cette lettre est l'expression de l'amertume et de la colère de l'auteur face à ce qu'est devenu son pays suite à la banqueroute du système de Law, car l'auteur estime que la malhonnêteté du ministre a amené tout le monde à agir de façon malhonnête, sans se soucier de l'intérêt de son prochain ou de l'état., ce qui provoque la ruine du pays.
NB : il est inutile de vous empêtrer dans des explications techniques ( sauf si vous n'avez que peu de choses à dire sur le texte…), l'examinateur attend de vous que vous fassiez l'analyse du texte et des techniques employées par l'auteur pour sa dénonciation…
Le genre épistolaire ?
Ici plus que jamais, la fiction persane se fait discrète :
- très peu de marques d'orientalisme ( hormis les noms et la date)
- aucune formule de politesse propre à la lettre
- Très peu de marques de l'échange entre les personnages sensés s'écrire, pas de mention de leur existence personnelle…
- pour Rhédi, seulement une P2 impersonnelle "tu sais"
- pour Usbek, les marques de la P1, et pour toute mention personnelle, l'évocation de son expérience indienne " j'ai longtemps voyagé dans les Indes"
-> si les personnages n'occupent pas les premier plan du texte, c'est parce que l'auteur abandonne le masque de la fiction pour exprimer de façon presque transparente sa propre indignation. Ce "je" est celui de l'auteur, et les Indes sont une allusion transparente à la France, car :
- pas de termes "exotiques"
- mais des termes correspondant à la vie française :ministère, ministre, prince, juges…
-> les personnages s'effacent, le masque de la fiction disparaît : on est ici à la limite du pamphlet, genre argumentatif appartenant au discours, dans lequel l'auteur prend la parole à la P1 pour dénoncer un phénomène de société.
§ 3 "à mon avis" évoque le jugement personnel du personnage, comme "je ne doute pas" § 13( en réalité de l'auteur), ce qui est un indice de la littérature d'idées ( pour mémoire : implication de l'auteur dans son discours, sujet d'intérêt général, prise avec l'actualité, opinion personnelle, réflexion inachevée…)
La dimension argumentative du texte :
Ici il s'agit de convaincre notamment par l'emploi d'arguments d'autorité : les trois premières phrases sont présentées comme des vérités générales incontestables, tels des proverbes, on remarquera l'emploi du présent de vérité générale, et la modalisation de certitude, la personne "on" = ? Voix de la sagesse populaire ?, "il y a longtemps" qui évoque une sagesse ancestrale, héritée de l'expérience des anciens, conçus comme plus sages…
L'auteur n'utilise pas de connecteurs logiques, ni de raisonnements complexes, mais, pour obtenir l'adhésion du lecteur à sa thèse (un sinistre nuit à toute une nation par le mauvais exemple qu'il donne), il emploie l'argumentation par l'exemple, exemple de l'Inde, il y a un lien implicite entre les §1 2 3 = thèse et les § suivants = illustration, lien renforcé par l'emploi de la même expression " le mauvais exemple, ministre" dans les deux parties. Le § 4 à 11 sont un long développement de cette argumentation par l'exemple. Les § 12 et 13 constituent une sorte de conclusion argumentative, la puissance argumentative du texte est renforcée par l'emploi de questions rhétoriques, qui amènent le lecteur à adopter le point de vue de l'auteur. Par ailleurs, ces questions montrent le ton enflammé et indignés de l'auteur.
L'auteur essaie plus encore de persuader, parce qu'il exprime avant tout une émotion, et sa colère face à la ruine de la France. ( on peut se rapporter au texte de La Boétie "discours de la servitude volontaire", qui adopte le même ton et des procédés similaires, on l'a vu en début d'année)[ ce serait aussi une ouverture correcte].
- par l'accumulation des exemples, renforcée par l'anaphore "j'ai vu", qui prend la dimension d'un témoignage traumatique
- par l'emploi d'un vocabulaire hyperbolique ( vous ferez le relevé tout seuls…)
- par les indicateurs de temps "en un instant, tout à coup, soudain, en un moment, aujourd'hui, demain", qui, accentuent la soudaineté et la violence de cette transformation de la société, et participent à l'hyperbole.
- Par l'opposition entre les bons et les mauvais, présentée comme extrême, notamment grâce au vocabulaire, aux antithèses, par exemple § 4 les plus vertueux/violer les premiers principes de la justice, §5 débiteurs, avares, insolents, indignes / bienfaiteurs, § 8 honnête travail et généreuse industrie/ ruine du prince, de l'état et des concitoyens, §9 honnête/j'ai ruiné, §11 j'accommode mes affaires/ dissipai, §13 fer/or, indigne/noblesse…
- Par la globalisation de cette dégradation de la société "depuis le dernier de ses sujets jusqu'aux plus grands, tout un peuple, n'épargner pas même les membres les plus sains, toutes les lois de la famille renversées, dans tous les cœurs, toute une nation, obscurcit la vertu même, la plus haute naissance, le mépris universel…" la globalisation est aussi servie par l'accumulation des exemples, qui montrent tous un personnage différent : l'auteur illustre ainsi la généralisation de cet individualisme qui pousse à ne penser qu'à soi.
- Par des exemples visant à émouvoir, notamment l'évocation des familles §9 et 11 "des veuves et des orphelins, toute une famille, deux honnêtes filles, un petit garçon, le père, la mère" ( NB : l'adjectif "petit" renforce le pathétique, comme l'évocation des personnages jugés comme faibles et sans défense, les filles, les enfants, les veuves) ces nombreux exemples font que tout le monde peut être touché, ce qui pousse le lecteur, quel qu'il soit à se sentir concerné, le registre pathétique employé "en larmes, douleur, tristesse".
- Le champ lexical de la maladie, de la contagion, de la violence criminelle, du jugement moral. ( vous ferez le relevé tout seuls…)
- Le discours direct, qui met en scène des personnages profitant de la crise de l'état pour s'enrichir au détriment des autres, et simple, cru, cynique, il amène le lecteur à s'indigner contre de tels raisonnements, et donc à condamner ces comportements égoïstes et malhonnêtes.
Je pense que ces quelques remarques apportent un éclairage supplémentaire à votre cours, envoyez-moi un mail en cas de question supplémentaire, ou si qqch vous semble confus…
(Merci Madame :D)
--
Publié le 15/06/2007 à 12:00 par Camille
Lettre 12 des Lettres Persanes.
Intro : Montesquieu, roman épistolaire, correspondance imaginaire, argumentation par l’orientalisme etc.
Cette lettre a été envoyée par Usbek à Mirza. Usbek y conte l’histoire des troglodytes, un peuple vivant dans un lieu inconnu.
Plan :
I) Peuple troglodyte égoïste
II) Peuple troglodyte vertueux
I) Peuple troglodyte égoïste
1) Le premier peuple est non-vertueux, vivait dans le vice.
- Champ lexical péjoratif « méchanceté » « injustices » « malheurs » « corruption » « désolation » « indignes » « cupidité »
- Ainsi ce peuple est complice de sa propre déchéance.
L1 « les troglodytes périrent par leur méchanceté même »
- L2 « de tant de famille il n’en resta que deux »
« Tant de familles » « que deux » => montre à quel point l’égoïsme a été destructeur
Les deux familles qui survivent sont, elles, vertueuses
=> Elles créent un nouveau peuple.
II) Le peuple troglodyte est vertueux.
1) le peuple.
- Champ lexical de l’amour « aimaient » « cœur » « union » « amitié » « chéris » « mariages » « fidèle » « tendresse » « liés »
=> cela montre que les troglodytes étaient heureux tous ensembles.
- Champ lexical de la vertu « humanité » « justice » « droiture » « sollicitude » « charité innocence »
- Les mots vertu/vertueuses sont répétés 7 fois => insiste sur le fait que ce peuple est parfait, sans défauts ni vices.
- Ligne 5 « ils n’avaient de différends que ceux qu’une douce et tendre amitié faisaient naître »
Même leurs colères renforcent leurs liens, prouvent leur amitié les uns envers les autres.
- Pronom « ils » utilisé tout au long du texte => unis
- Ligne 36 « une seule et grande famille », même leurs troupeaux sont confondus.
=> Leur force principale réside dans le fait qu’ils sont liés.
- De plus ils font tout dans l’intérêt de la communauté « sollicitude commune pour k’interet commun » « l’interet des particuliers se trouve dans l’interet commun »
- Le bonheur des autres importe plus pour eux que leur propre bonheur « la justice pour autrui est une charité pour nous » « ins ne savaient désirer que pour leurs compatriotes »
=>un tel peuple ne peut vivre que dans un lieu à son echelle, un lieu idyllique, UNE UTOPIE.
2) L’utopie.
U => qui n’existe pas Topos = lieu (=> irréalisable)
Ce lieu est à la fois isolé et fertile, et son peuple est béni des dieux.
Isolé et fertile :
- champ lexical de l’isolement « écarté » « séparés »
- Ligne 6 « l’endroit du pays le p lue écarté » => superlatif relatif => insiste sur l’écart.
- Le peuple vit en autosuffisance « la nature ne fournissait pas moins à leurs désirs qu’à leurs besoins » « la terre semblait produire d’elle même »
Beni des Dieux :
- « un peuple si juste devait être béni des dieux »
- Ils créent leur propre religion et « instituérent des fêtes en l’honneur des dieux » => ils sont pieux
- Recueillement gai « célébraient par leurs danses » => pas une religion morne et barbante, ils sont heureux d’être pieux.
- Ils sont favorisés « la terre semblait produire d’elle même » alors qu’ils ne demandent rien « de pareils souhaits seraient indignes des heureux troglodytes »
- Les dieux les font vivre en abondance MAIS « la joie ne régnait pas moins que la frugalité » => pour eux ce serait un péché que d’abuser, ils ont tout ce qu’ils veulent mais n’abusent pas.
Ccl : ce peuple vit à part, d’une façon vertueuse et est ainsi béni des dieux, ceci leur permettant de vivre dans un lieu idyllique, une utopie.
Dans ce txt Montesquieu dénonce l’égoïsme en montrant que si on veut être heureux et béni des dieux il faut être vertueux, former une famille unie et être pieu. (mais pas s’y forcer)
Critique de la société : pas assez vertueuse
Elargissement : apologue (fables etc.)
Publié le 27/03/2007 à 12:00 par Morgane
Les lettres persanes "lettre XXIV"
Montesquieu, XVIIIème siècle
Les lettres persanes, roman épistolaire publié en 1721 de manière anonyme à Amsterdam, car Montesquieu a voulu éviter la censure.
Racontent le voyage de 1712 à 1720, de 2 perses en France, avant la fin du règne de Louis XIV, et sous la régence. Les lettres 1 à 23 racontent le voyage qui conduit les héros à Paris. La 24 est la première écrite depuis la capitale. Ces lettres sont une fiction persane destinées à critiquer la société française, le roi, et le pape.
La fiction persane + épistolaire + orientalisme
Les indices qui font que c’est une lettre : Indices de temps, indices de lieu, expéditeur, emploi de la personne 1, passé simple.
Orientalisme : multiplication des termes orientaux « Alcoran », « prophète », « Ali »
- appuyée par l’étonnement qui est bien manifesté (« je n’ai eu a peine le temps de m’étonner »). naïveté permet de mettre un regard neuf sur la société qui engendre une critique, et l’application des normes culturelles : « J’enrage quelquefois comme un chrétien » qui est le parallèle de l’expression : « jurer comme un païen ».
- normes sont renversées : « Paris est aussi grand qu’Ispahan » ( Paris est mis en première position dans la phrase, car c’est ce que l’on juge, et cela permet de mettre en place de façon subtile les concepts de tolérance et la relativité des valeurs). Cette fiction, épistolaire et orientaliste, permet d’éviter la censure et les poursuites judiciaires.
Effectivement, on peut croire que ses peurs sont justifiées car Montesquieu arbore une
critique de la société.
L’auteur critique notamment le peuple de Paris par l’emploi d’hyperboles, la périphrase pour montrer les immeubles en l’air est impensable vis-à-vis des gens de bon sens.
On critique l’agitation de ces gens : « ils courent, ils volent » avec une gradation et une exagération. Gradation qui s’oppose à la vie en perse + rythme de la phrase rapide binaire + ternaire lent.
Les Parisiens sont critiqués par leur manque de courtoisie « coup de coude », « éclabousse », la subordonnée « un homme qui vient après moi.. » montre la brusquerie, et le rythme rapide, comique. Ils sont désorganisés et n’ont pas de bon sens, notamment pour trouver un logement.
En présentant la société naïvement, Montesquieu montre qu’elle est pleine de mauvaise sens, et notamment, le roi, dont on critique la politique française et guerrière.
Critique d’évaluation de l’argent + papier monnaie (assignat).
Le roi est présenté comme un menteur et un manipulateur : « magicien » et ses pseudos-miracles. De plus, il travaille sur la crédibilité des gens (champ lexical de la crédulité). Dans ses phrases, ses sujets sont objets.
Politique guerrière critiquée : guerres incessantes dehors et dans les pays. Montesquieu montre que Louis XIV s’est épuisé à avoir pour ennemis des gens de sa cour.
Vénalité des offices : acheter un emploi à une personne.
Le roi est critiqué, mais le pape aussi (hiérarchie des manipulations)
Pape est aussi un manipulateur, et un magicien, alors qu’il est censé représenter un dieu. L’énumération à la ligne 30, montre que le pape est comme un artiste de foire. Il utilise le dogme contre la raison. Montesquieu énumère des articles de foi contraires au bon sens, que l’on ne peut pas accepter (« que le pain n’est pas du pain », etc.). De façon subtile, il montre que le pape peut être opposé à la foi chrétienne et catholique : « il leur défend de lire… » (interdiction de lire la bible pour les femmes).
La foi et la piété sont inutiles « Pourquoi..paradis..puisque.. ». On remarque encore qu’il pense comme un païen : « Il faut qu’il ait été instruit par notre simple loi » (loi Perse).
On explique que le pape ne veut que manipuler les puissants « certains articles de croyance… » Plutôt que de faire le chef spirituel.
En ccl, les lettres persanes permet une critique féroce de la monarchie, société, religion, avec la naïveté des perso. C’est pourquoi Montesquieu a pris des précautions.
On peut rapprocher ce texte de Candide, de Voltaire, qui usait des mêmes méthode de crédulité pour critiquer.