Lettre 12 des Lettres Persanes.
Intro : Montesquieu, roman épistolaire, correspondance imaginaire, argumentation par l’orientalisme etc.
Cette lettre a été envoyée par Usbek à Mirza. Usbek y conte l’histoire des troglodytes, un peuple vivant dans un lieu inconnu.
Plan :
I) Peuple troglodyte égoïste
II) Peuple troglodyte vertueux
I) Peuple troglodyte égoïste
1) Le premier peuple est non-vertueux, vivait dans le vice.
- Champ lexical péjoratif « méchanceté » « injustices » « malheurs » « corruption » « désolation » « indignes » « cupidité »
- Ainsi ce peuple est complice de sa propre déchéance.
L1 « les troglodytes périrent par leur méchanceté même »
- L2 « de tant de famille il n’en resta que deux »
« Tant de familles » « que deux » => montre à quel point l’égoïsme a été destructeur
Les deux familles qui survivent sont, elles, vertueuses
=> Elles créent un nouveau peuple.
II) Le peuple troglodyte est vertueux.
1) le peuple.
- Champ lexical de l’amour « aimaient » « cœur » « union » « amitié » « chéris » « mariages » « fidèle » « tendresse » « liés »
=> cela montre que les troglodytes étaient heureux tous ensembles.
- Champ lexical de la vertu « humanité » « justice » « droiture » « sollicitude » « charité innocence »
- Les mots vertu/vertueuses sont répétés 7 fois => insiste sur le fait que ce peuple est parfait, sans défauts ni vices.
- Ligne 5 « ils n’avaient de différends que ceux qu’une douce et tendre amitié faisaient naître »
Même leurs colères renforcent leurs liens, prouvent leur amitié les uns envers les autres.
- Pronom « ils » utilisé tout au long du texte => unis
- Ligne 36 « une seule et grande famille », même leurs troupeaux sont confondus.
=> Leur force principale réside dans le fait qu’ils sont liés.
- De plus ils font tout dans l’intérêt de la communauté « sollicitude commune pour k’interet commun » « l’interet des particuliers se trouve dans l’interet commun »
- Le bonheur des autres importe plus pour eux que leur propre bonheur « la justice pour autrui est une charité pour nous » « ins ne savaient désirer que pour leurs compatriotes »
=>un tel peuple ne peut vivre que dans un lieu à son echelle, un lieu idyllique, UNE UTOPIE.
2) L’utopie.
U => qui n’existe pas Topos = lieu (=> irréalisable)
Ce lieu est à la fois isolé et fertile, et son peuple est béni des dieux.
Isolé et fertile :
- champ lexical de l’isolement « écarté » « séparés »
- Ligne 6 « l’endroit du pays le p lue écarté » => superlatif relatif => insiste sur l’écart.
- Le peuple vit en autosuffisance « la nature ne fournissait pas moins à leurs désirs qu’à leurs besoins » « la terre semblait produire d’elle même »
Beni des Dieux :
- « un peuple si juste devait être béni des dieux »
- Ils créent leur propre religion et « instituérent des fêtes en l’honneur des dieux » => ils sont pieux
- Recueillement gai « célébraient par leurs danses » => pas une religion morne et barbante, ils sont heureux d’être pieux.
- Ils sont favorisés « la terre semblait produire d’elle même » alors qu’ils ne demandent rien « de pareils souhaits seraient indignes des heureux troglodytes »
- Les dieux les font vivre en abondance MAIS « la joie ne régnait pas moins que la frugalité » => pour eux ce serait un péché que d’abuser, ils ont tout ce qu’ils veulent mais n’abusent pas.
Ccl : ce peuple vit à part, d’une façon vertueuse et est ainsi béni des dieux, ceci leur permettant de vivre dans un lieu idyllique, une utopie.
Dans ce txt Montesquieu dénonce l’égoïsme en montrant que si on veut être heureux et béni des dieux il faut être vertueux, former une famille unie et être pieu. (mais pas s’y forcer)
Critique de la société : pas assez vertueuse
Elargissement : apologue (fables etc.)
Les lettres persanes "lettre XXIV"
Montesquieu, XVIIIème siècle
Les lettres persanes, roman épistolaire publié en 1721 de manière anonyme à Amsterdam, car Montesquieu a voulu éviter la censure.
Racontent le voyage de 1712 à 1720, de 2 perses en France, avant la fin du règne de Louis XIV, et sous la régence. Les lettres 1 à 23 racontent le voyage qui conduit les héros à Paris. La 24 est la première écrite depuis la capitale. Ces lettres sont une fiction persane destinées à critiquer la société française, le roi, et le pape.
La fiction persane + épistolaire + orientalisme
Les indices qui font que c’est une lettre : Indices de temps, indices de lieu, expéditeur, emploi de la personne 1, passé simple.
Orientalisme : multiplication des termes orientaux « Alcoran », « prophète », « Ali »
- appuyée par l’étonnement qui est bien manifesté (« je n’ai eu a peine le temps de m’étonner »). naïveté permet de mettre un regard neuf sur la société qui engendre une critique, et l’application des normes culturelles : « J’enrage quelquefois comme un chrétien » qui est le parallèle de l’expression : « jurer comme un païen ».
- normes sont renversées : « Paris est aussi grand qu’Ispahan » ( Paris est mis en première position dans la phrase, car c’est ce que l’on juge, et cela permet de mettre en place de façon subtile les concepts de tolérance et la relativité des valeurs). Cette fiction, épistolaire et orientaliste, permet d’éviter la censure et les poursuites judiciaires.
Effectivement, on peut croire que ses peurs sont justifiées car Montesquieu arbore une
critique de la société.
L’auteur critique notamment le peuple de Paris par l’emploi d’hyperboles, la périphrase pour montrer les immeubles en l’air est impensable vis-à-vis des gens de bon sens.
On critique l’agitation de ces gens : « ils courent, ils volent » avec une gradation et une exagération. Gradation qui s’oppose à la vie en perse + rythme de la phrase rapide binaire + ternaire lent.
Les Parisiens sont critiqués par leur manque de courtoisie « coup de coude », « éclabousse », la subordonnée « un homme qui vient après moi.. » montre la brusquerie, et le rythme rapide, comique. Ils sont désorganisés et n’ont pas de bon sens, notamment pour trouver un logement.
En présentant la société naïvement, Montesquieu montre qu’elle est pleine de mauvaise sens, et notamment, le roi, dont on critique la politique française et guerrière.
Critique d’évaluation de l’argent + papier monnaie (assignat).
Le roi est présenté comme un menteur et un manipulateur : « magicien » et ses pseudos-miracles. De plus, il travaille sur la crédibilité des gens (champ lexical de la crédulité). Dans ses phrases, ses sujets sont objets.
Politique guerrière critiquée : guerres incessantes dehors et dans les pays. Montesquieu montre que Louis XIV s’est épuisé à avoir pour ennemis des gens de sa cour.
Vénalité des offices : acheter un emploi à une personne.
Le roi est critiqué, mais le pape aussi (hiérarchie des manipulations)
Pape est aussi un manipulateur, et un magicien, alors qu’il est censé représenter un dieu. L’énumération à la ligne 30, montre que le pape est comme un artiste de foire. Il utilise le dogme contre la raison. Montesquieu énumère des articles de foi contraires au bon sens, que l’on ne peut pas accepter (« que le pain n’est pas du pain », etc.). De façon subtile, il montre que le pape peut être opposé à la foi chrétienne et catholique : « il leur défend de lire… » (interdiction de lire la bible pour les femmes).
La foi et la piété sont inutiles « Pourquoi..paradis..puisque.. ». On remarque encore qu’il pense comme un païen : « Il faut qu’il ait été instruit par notre simple loi » (loi Perse).
On explique que le pape ne veut que manipuler les puissants « certains articles de croyance… » Plutôt que de faire le chef spirituel.
En ccl, les lettres persanes permet une critique féroce de la monarchie, société, religion, avec la naïveté des perso. C’est pourquoi Montesquieu a pris des précautions.
On peut rapprocher ce texte de Candide, de Voltaire, qui usait des mêmes méthode de crédulité pour critiquer.